L'obésité est responsable de 15% à 20% des cas de cancer Le 17 février 2008MONTRÉAL - Au fil des ans, le gras animal, le barbecue et les carences en fruits et légumes ont été soupçonnés. Mais finalement, aucun d'entre eux ne fait vraiment grimper le risque de cancer. Le grand coupable, c'est l'obésité.
« L'obésité est responsable de 15 % à 20 % des cas de cancer », a affirmé Walter Willett, un célèbre chercheur de santé publique de l'Université Harvard, au congrès annuel de l'Association américaine pour l'avancement des sciences, qui attirait récemment 9 000 chercheurs des cinq continents. Des conférences faisaient le point sur le risque de cancer posé par l'alimentation et les produits chimiques.
« On peut même penser qu'elle dépassera bientôt le tabagisme comme cause numéro un du cancer, a ajouté le spécialiste. Il y a de moins en moins de fumeurs et de plus en plus de gros. »
Les autres causes alimentaires du cancer se partagent entre 10 % et 15 % de la responsabilité, selon le Dr Willett. La consommation d'alcool est néfaste, mais ses effets négatifs sont atténués quand on consomme beaucoup d'acide folique, un composé présent dans le brocoli. Boire trop ou pas assez de lait pose aussi un problème. La vitamine D commence à être examinée, ainsi que la consommation d'animaux ayant pris des hormones de croissance par des femmes en âge de procréer.
« On n'est pas parvenu à trouver un lien entre la consommation de gras animal et le risque de cancer, a dit l'épidémiologiste bostonnais. Mais peut-être qu'il y a des sous-groupes qui sont plus vulnérables, comme les jeunes femmes. À Hiroshima et Nagasaki, les femmes de moins de 40 ans ont eu beaucoup plus de cancer que les plus âgées. Il se pourrait que la fertilité rende cet âge plus vulnérable. »
C'est dans les années 70 qu'on a commencé à soupçonner que les habitudes alimentaires pouvaient augmenter le risque de cancer.
« On a commencé avec les viandes cuites à très haute température, comme le barbecue, a rappelé le chercheur. Puis on s'est tourné vers le gras animal. Dans les deux cas, on n'a pas réussi à mesurer un effet. »
Ensuite, ce fut le tour des fruits et légumes : si on n'en mangeait pas assez, peut-être qu'on manquait d'antioxydants qui empêchent la dégradation des cellules du corps?, a ajouté le Dr Willett.
« Mais là non plus, les résultats n'ont pas été concluants. C'est alors qu'on s'est tourné vers l'obésité. Et là, on a trouvé le gros lot. »
Un autre chercheur, Bruce Ames, de l'Institut de recherche d'Oakland, a avancé une nouvelle théorie : le manque de micronutriments, comme le fer, le magnésium, le zinc ou diverses vitamines.
« Dans certains cas, les carences sont très importantes, même aux États-Unis », a observé M. Ames.
Par exemple, 56 % des adultes américains manquent de magnésium, et 93 % manquent de vitamine E. Même si l'effet est léger, l'ampleur de la carence finit par augmenter le risque de cancer.
« On peut penser que quand le corps ne dispose que de faibles quantités de micronutriments, il les dirige vers des fonctions vitales, vers la survie à court terme. Des fonctions comme la réparation des dommages cellulaires sont mises de côté. C'est pour ça que les carences en micronutriments ne donnent pas d'effet rapidement observable. »
Nouvelles de © La Presse Canadienne, 2008.